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C'est à ces Trois Grands Hommes d’État que les Ivoiriens et Les Burkinabé doivent le TRAITÉ D'AMITIÉ ET DE COOPÉRATION IVOIRO-BURKINABÉ DE 2008. Par ces Temps d'amnésie n'oublions pas ce que nous devons au leadership majeur de Laurent Gbagbo, Blaise Compaoré et Guillaume Soro.

Les accords politiques successifs entre les forces résistantes et le pouvoir FPI de Gbagbo de 2002 à 2007 n’auront comme finalité que de résoudre ce double problème ivoiro-ivoirien et ivoiro-panafricain. Il s’agit ni plus, ni moins que de redessiner le cadre d’une république ivoirienne inclusive pour tous les Ivoiriens et ouverte à la dynamique de l’intégration panafricaine. C’est dans cet esprit qu’on peut voir traités, dans l’Accord de Paix Interivoirien de Ouagadougou en 2007, signé entre Guillaume Soro et Laurent Gbagbo, sous l’égide de Blaise Compaoré

Le contexte global de la relation ivoiro-burkinabé mérite d’être brièvement rappelé ici. Il est caractérisé par une interdépendance forte des intérêts des deux pays. Ancien territoire unique, découpé par le colon français, l’espace ivoiro-burkinabé actuel est travaillé par des continuités très fortes: géographiques avec la bande sahélienne qui balaie le nord de la Côte d’Ivoire et la totalité du Burkina; linguistico-culturelles, avec les langues dioula et voltaïque, l’Islam et le Christianisme, mais aussi les traditions africaines locales communes; socioéconomiques, avec les brassages matrimoniaux et commerçants depuis des siècles; historiques, avec des événements instituant une mémoire commune aux peuples des deux côtés de la frontière.  

Mieux encore, la Côte d’Ivoire héberge de 3 à 5 millions de d’habitants originaires du Burkina Faso, selon les statistiques comparées de 2016, lesquels firent leurs premières migrations ouvrières massives lors du lancement du poumon agricole ivoirien dans les années 40-50-60. Porte la plus proche pour le Burkina Faso sur l’Océan Atlantique, la Côte d’Ivoire est l’une des conditions sine qua non de l’ouverture du Burkina Faso à l’économie-monde, comme le Burkina est l’une des conditions sine qua non du fonctionnement optimal de l’économie ivoirienne. Cette interdépendance avérée des deux pays est un fait de science reconnu par tous les observateurs avertis, indépendant des appréciations politiques subjectives.   Comment ne pas d’ailleurs faire l’hypothèse qu’en morcelant ces deux pays dans les années 40, le colon français voulait contourner la naissance d’un mastodonte ouest-africain qui contrebalancerait vite sa tutelle? On ne peut donc aujourd’hui sérieusement penser l’économie, la société, la politique et la culture ivoirienne sans le facteur burkinabé, comme on ne saurait penser les mêmes réalités au Burkina Faso sans le facteur ivoirien. Pourtant, ce qu’il importe à présent de noter, c’est la variation des appréciations politiques de l’interdépendance ivoiro-burkinabé de la période d’Houphouët à celle d’Alassane Ouattara, d’une part, et de la période de Maurice Yaméogo à celle de Roch Kaboré d’autre part.   Pendant la période qui va des années 60 à 1983, il est évident que le leadership régional et international du Président ivoirien Félix Houphouët-Boigny est tel que la partie burkinabé s’accommode tant bien que mal de son rôle de fournisseur de main d’oeuvre ouvrière du géant économique ivoirien. L’avènement du président Sankara à la tête de la Haute Volta le 4 août 1983 va considérablement remettre en cause cette influence, mais sur un plan strictement symbolique. Houphouët- Boigny est présenté sous la révolution burkinabé de 1983 à 1987, comme « un vieux hibou au regard gluant », et le bouillant Capitaine Thomas Sankara ne se prive d’aucune occasion de provoquer ou de toiser le dirigeant historique ivoirien . Cette audace révolutionnaire ne changera cependant pas grand-chose au rapport de forces politico-économiques réel entre les deux pays.  

Lorsque Blaise Compaoré arrive au pouvoir en 1987, le Burkina Faso opte alors pour une politique internationale marquée au coin du réalisme. Conscient des faiblesses structurelles de son pays en même temps que des attentes de reconnaissance symbolique de la dignité du peuple burkinabé, Compaoré, fin stratège, recherche d’emblée l’augmentation de sa puissance par l’usage de l’intelligence géostratégique, de la coopération économique multilatérale, de la négociation politique, et de l’anticipation de l’Histoire. L’influence du Burkina Faso, dans la géostratégie ouest africaine et son rayonnement diplomatique international connaîtront alors une stimulation impressionnante. Blaise Compaoré est l’homme de l’ouverture du Burkina Faso à la diversité multipolaire du monde de la fin des années 80 au début des années 90. Il dote son pays d’une gouvernance économique moderne, qui le rend fiable devant les Institutions financières internationales.  

Il anticipe sur beaucoup de sujets: accepte la restauration du pluralisme politique dans son pays, via la constitution de 1991; négocie des accords avec la Chine, puis Taïwan, avec grand intérêt pour son pays; s’implique dans la résolution des conflits politiques ouestafricains, notamment du Libéria, de Sierra-Léone, du Togo, du Niger, de Guinée- Conakry, du Mali, et notamment plus tard, de la Côte d’Ivoire, s’imposant pratiquement à chaque fois comme médiateur, facilitateur, ou hébergeant des négociations historiques. Si bien que lorsque le président Houphouët-Boigny décède en 1993, Blaise Compaoré, face à un Gnassingbé Eyadéma déclinant, devient le leader francophone le plus important d’Afrique de l’Ouest et s’assume désormais pleinement comme tel. Du côté ivoirien, la succession d’Houphouët-Boigny s’est déroulée dans des conditions calamiteuses.  

Le duel Bédié-Ouattara-Gbagbo-Guéi, est ouvert dès 1993 et se poursuivra avec des fortunes diverses. Bédié gagne d’abord de 1993 à 1999, doublant Ouattara qu’il exclut provisoirement du jeu politique grâce à la montée en épingle de la doctrine de l’ivoirité, et dominant Gbagbo, qu’il maintient à la marge du palais présidentiel. Gbagbo et Ouattara, compagnons d’infortune alors, se réunissent brièvement dans le Front Républicain dès 1995, avant que la même doctrine ivoiritaire ne les éloigne définitivement l’un de l’autre lors d’une transition militaire terrible qui survient lorsque le 24 décembre 1999, tel un quatrième larron, le général Guéi se glisse dans le sprint et évince Bédié de la présidence de la république de Côte d’Ivoire par un coup d’Etat dit du Père Noël en treillis.  

Or, il convient de bien noter, en rapport avec le Burkina Faso, que non seulement Ouattara est stigmatisé par ses adversaires politiques successifs comme étant burkinabé, mais le sort des millions de burkinabé de Côte d’Ivoire s’aggrave au fur et à mesure que la doctrine ivoiritaire empoisonnera la politique ivoirienne, de 1990 à 2011. Il y a donc un lien intime entre la stabilité intérieure du Burkina d’alors et celle de la Côte d’Ivoire, car il suffit d’imaginer ce qui se passerait si le Burkina Faso était coupé de la voie atlantique ivoirienne, ou si les 3 à 5 millions de burkinabé de Côte d’Ivoire devaient rentrer d’urgence au Burkina Faso. Ce serait une catastrophe économique, humanitaire et politique terrible pour toute la sous-région. Blaise Compaoré, mieux que ses homologues politiques ivoiriens successifs depuis la mort d’Houphouët-Boigny, le sait intimement et travaillle contre ce scénario apocalyptique, en entretenant des relations suivies avec toutes les familles politiques ivoiriennes.

Robert Guéi se fait rouler dans la farine en octobre 2000 par son bref allié Gbagbo qui gagne une présidentielle sur fond d’exclusion et radicalise la politique de l’ivoirité dont il devient avec le FPI, le chantre le plus cynique de l’histoire de Côte d’Ivoire. La rébellion du MPCI de Guillaume Soro surgit donc dès 2001 pour résoudre une double tragédie en cours. D’une part l’exclusion interivoirienne, qui stigmatise les Ivoiriens du nord de la Côte d’Ivoire en les taxant tous de « boyordjan » (venus d’ailleurs); d’autre part l’exclusion anti-africaine, qui rend indésirables en Côte d’Ivoire, l’ensemble des populations ouest-africaines dont le mossi devient l’emblème et l’anathème négatif commun. Le mot mossi, perd son sens originel de désignation d’appartenance ethnique, et devient plutôt alors, une injure publique. La résistance du MPCI est à la fois une reconquête de l’identité citoyenne républicaine en Côte d’Ivoire et l’avant-garde du panafricanisme cosmopolitique du 21ème siècle africain. En 2002, tels sont les enjeux du combat qui conduit à la partition de la Côte d’Ivoire.  

Et les accords politiques successifs entre les forces résistantes et le pouvoir FPI de Gbagbo de 2002 à 2007 n’auront comme finalité que de résoudre ce double problème ivoiro-ivoirien et ivoiro-panafricain. Il s’agit ni plus, ni moins que de redessiner le cadre d’une république ivoirienne inclusive pour tous les Ivoiriens et ouverte à la dynamique de l’intégration panafricaine. C’est dans cet esprit qu’on peut voir traités, dans l’Accord de Paix Interivoirien de Ouagadougou en 2007, signé entre Guillaume Soro et Laurent Gbagbo, sous l’égide de Blaise Compaoré, les grands thèmes cruciaux suivants:

« Les Parties s’engagent à s’en remettre à l’arbitrage du Facilitateur en cas de litige sur l’interprétation ou la mise en oeuvre du présent Accord. Les Parties conviennent de demander des troupes militaires africaines supplémentaires pour participer à la mission de paix des Forces impartiales en Côte d’Ivoire. » ( Page 15 de l’Accord). Il apparaît donc très clairement qu’en contribuant à résoudre par cet Accord de 2007, la crise identitaire ivoirienne, le président Blaise Compaoré voulait, par le même geste, résoudre le péril encouru par les 3 à 5 millions de Burkinabé de Côte d’Ivoire et par le Burkina Faso tout entier par conséquent. En obtenant l’apaisement du jeu politique ivoirien et en se plaçant au centre de la négociation, Compaoré n’obtint pas seulement le dialogue direct inter-ivoirien, mais enfin, un dialogue direct entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, dans un cadre débarrassé du paternalisme inévitable du leader Félix Houphouët-Boigny.  

Une relation décomplexée ivoiroburkinabé était dès lors possible sur le plan des rapports réels. D’abord parce que Blaise Compaoré pouvait compter absolument sur la reconnaissance de l’opposition militaro-politique ivoirienne pour défendre les intérêts des expatriés burkinabé et reconnaître la légitimité des intérêts du Burkina Faso, ensuite parce que Laurent Gbagbo était de nouveau moralement endetté envers Blaise Compaoré qui l’aidait à retrouver la totalité du territoire ivoirien sous sa présidence, enfin parce que les souffrances des populations des deux pays requéraient des solutions sans délais, eu égard par exemple à la pression permanente du problème épineux du foncier rural. C’est donc le souffle de l’APO de Ouagadougou en 2007 qui inspirera et portera le TAC en 2008, d’autant plus que, de manière concomitante, les Accords Complémentaires de l’APO évolueront en corrélation avec les Accords issus du TAC.  

Publié par Franklin Nyamsi Professeur agrégé de philosophie Docteur de l’Université de Lille III - Dans - Net Afrique : http://netafrique.net/blaise-compaore-laurent-gbagbo-et-guillaume-soro-trois-leaders-politiques-aux-origines-du-traite-damitie-et-de-cooperation-ivoiro-burkinabe-de-2008/