Les journées sanglantes de mai 1955, dissolution de l’Upc

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Les émeutes de Mai 1955. Les colons Français massacrent les Camerounais. Douze témoins oculaires de la semaine sanglante de Douala, du 22 au 30 mai 1955, écrivent à l’ONU : Les émeutes de Mai 1955 avaient été préparées par l’administration coloniale par des « agents provocateurs ».

Témoignage d’un Kamerunais...

" ... Mais hélas ! / En réponse à la supplique / De ces hommes / Qui, Sans armes ni bâtons,/ Ni bouteilles, ni machettes, / Mains vides chantaient l’hymne national,/ C’est la mitraille qui crépita, / Semant la mort et laissant le vide, / Dans les rangs, dans les familles, / Dans les villes et dans le pays / Sans armes ni bâtons, ils étaient mains vides, / Mains vides, / Toujours mains vides, / Lâchement assassinés, / Ils moururent les uns après les autres, / Par dizaines et par centaines, / Ils moururent nombreux, / Sans armes ni bâtons, / Ni bouteilles, ni machettes, / Ils étaient mains vides, / Mains vides, ils furent abattus / Mains vides, ils sont morts... "

Extrait d’un poème intitulé " Mains vides " de Atangana E.J. publié le 30 mai 1955 dans un journal à Yaoundé.

Il s’agit essentiellement de la répression déclenchée par le Gouvernement colonialiste français contre les nationalistes kamerunais dans plusieurs villes du pays entre le 22 et le 30 mai 1955 et les suites de cette répression. D’après le discours de Monsieur Roland PRE à l’Atcam (Assemblée Territoriale du Cameroun), le 4 juin 1955, voici quelques-unes des villes qui furent le théâtre de cette répression sanglante : Douala, Yaoundé, Nkongsmba, Mbanga, Loum, Manjo, Mombo, Ngambe, Edéa, Eseka, Bafoussam, Obala, etc...

La mobilisation du peuple kamerunais avait été impressionnante. Les militants indépendantistes décident de ne plus reculer devant la troupe coloniale pensant que celle-ci n’oserait pas tirer sur la foule parce que le Cameroun est un territoire sous-tutelle des Nations unies : c’est l’affrontement et les massacres. Mais le Gouvernement colonialiste français avait pris ses précautions. Bien avant la semaine sanglante, il avait fait venir des renforts militaires de ses bases de Bouar (Centrafrique), Brazzaville (Congo-B.), Cotonou (Bénin) et de Dakar (Sénégal).

« Le meeting du 25 mai 1955 se termine dans un bain de sang. Dans le seul quartier de New Bell, on dénombrera plus de mille morts. Commence une véritable chasse à l’homme, d’abord à Douala, puis dans tout le Cameroun.

L’armée coloniale massacra les Africains avec une sorte d’enthousiasme sadique, au point qu’aujourd’hui encore personne ne peut fournir, avec quelque chance de plausibilité, une évaluation même approximative des morts.» La répression avait été féroce. Les témoignages les plus modérés avancent le nombre de 5000 morts. Entre autre, le leader syndicaliste, Leopold Moumé Etia échappe de justesse au lynchage.

La réprobation populaire, au Kamerun comme en France, obligea le Gouvernement français à faire " un geste ". Une commission d’enquête du Parlement français fut constituée et effectua un voyage au Kamerun. Son Rapport, s’il y en a eu un, n’a jamais été rendu public. Mais, le 13 juillet 1955, Edgar Faure, alors président du Conseil du Gouvernement français, signait un décret illégal de dissolution de l’Upc, de l’Udefec et de la Jdc. Décret qui fut abrogé par le décret N° 60/46 du 25 février 1960 de Monsieur Ahmadou Ahidjo, alors Premier ministre de la République du Cameroun.

                
Roland PRE, le Haut-commissaire français qui opéra une véritable boucherie en
Massacrant des centaines de milliers de camerounais dans plusieurs régions.
Edgar Faure l'homme qui signait un décret illégal
de dissolution de l’Upc le 13 juillet 1955.

 

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Lettre à l’ONU de témoins oculaires des massacres de la population, par les troupes françaises du Cameroun et de l’AEF .

"Douala, le 30 Mai 1955

Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU,

A l’heure où nous vous écrivons, les principales localités du Cameroun sont en feu et en sang. Le Haut-commissaire du Cameroun, Monsieur Roland PRE, est en train de faire exécuter la dernière phase de son plan de répression qui visait la destruction du Mouvement Nationaliste Camerounais, l’Union des Populations du Cameroun.

En effet, les troupes françaises du Cameroun et de l’AEF armées jusqu’aux dents sont en train, à Douala, à Yaoundé, à Nkongsamba, à Mbanga, à Penja, à Bafang, à Babimbi, et probablement dans d’autres centres, de semer la mort, d’incendier des agglomérations entières ou de les démolir. Les cadavres, par centaines, tués au grand jour ou dans le plus grand secret en pleine nuit, sont incinérés pour qu’aucune trace n’en reste ; les blessés regorgent dans les hôpitaux et les arrestations ont lieu sans trêve.(…)

Pourquoi ces abus, pourquoi ces ignominies? Simplement parce que nos compatriotes, se conformant à la Charte de San Francisco, aux prescriptions de la constitution française et aux Accords de Tutelle, ont commis le crime de revendiquer notre unité nationale (Réunification) et notre accession à l’indépendance. (...)

Nous demandons que les poursuites injustifiées intentées contre les dirigeants de l’UPC soient suspendues et qu’il soit immédiatement envoyé au Cameroun une Mission spéciale de juristes devant enquêter sur la situation en cours, œuvre abominable du Gouvernement français incarné en la personne du Haut-commissaire Roland PRE. (…)
Un groupe de douze fonctionnaires camerounais de Douala en marge de la politique.

Quelles leçons ?

Ces deux témoignages – réactions sont éloquents à plus d’un titre et interpellent chacun d’entre nous.

1. Devant ces évènements, le peuple kamerunais, comme on le voit, ne s’est pas trompé d’adversaires. Il a d’emblée désigné le responsable de cette situation, c’est-à-dire le colonialisme français.
2. Malgré la brutalité du colonialisme français, le peuple kamerunais est resté digne et sans haine contre ses bourreaux, comme l’a reconnu, lors d’un entretien, M. Leproux, ancien directeur de cabinet de Monsieur Roland PRE, le Haut-commissaire de l’époque.
3. Le Peuple kamerunais a montré sa capacité à appréhender politiquement les évènements. La lettre au Secrétaire Général de l’ONU, en est un exemple.
4. On retiendra aussi le courage de notre peuple à l’époque. Combien de fonctionnaires aujourd’hui seraient capables d’endosser la lettre des 12 fonctionnaires ?
5. La Mission de visite de l’ONU est effectivement venue en Septembre 1955.
Malgré la répression, la Mission a reçu 30 000 pétitions écrites et signées, favorables aux thèses défendues par l’Upc et 5 000 pétitions seulement favorables au Gouvernement colonialiste français.
6. Spontanément, les 12 signataires de la lettre au Secrétaire Général de l’ONU, ont pris la défense des dirigeants de l’Upc. C’était le 30 mai 1955.
Aujourd’hui, le Pouvoir – Rdpc, par Kodock interposé, traîne l’Upc et ses dirigeants devant les tribunaux, personne ne bouge.
7. A la fin de l’année 1954, le Gouvernement colonialiste français s’est trouvé acculé. Le Peuple kamerunais, par son instrument de lutte, l’Upc, accumulait les victoires. La décision de l’ONU, d’envoyer une Mission de Visite au Kamerun au cours de l’année 1955, a été un autre succès pour l’UPC et les nationalistes. Pour enrayer cette spirale de succès de l’UPC et de revers pour lui, le colonialisme français a fomenté mai 1955, comme nous l’avons rapporté.

Devant la violence des colons français, le peuple kamerunais d’alors et l’Upc son outil de combat, n’ont pas dit : " On fait comment alors?" Ils ont immédiatement décidé de faire face. C’est grâce à cela, en fait, que le colonialisme français a été battu au Kamerun.

Les colonialismes français et britanniques ne voulaient pas de la réunification. Mais la réunification a eu lieu. Bancale, certes. Mais, elle a quand même eu lieu. Ils ont dû céder, de mauvaise grâce, mais ils ont cédé. Donc notre Peuple a gagné. L’Upc a eu raison.
Le colonialisme français était contre l’indépendance de notre peuple. Le 1er Janvier 1960, l’indépendance du Kamerun a été proclamée. Estropiée peut-être. Mais indépendance, tout de même. Il a dû accepter, de mauvaise grâce, l’indépendance du Kamerun. Le colonialisme français a perdu. Le Peuple kamerunais, victorieux, l’a emporté. L’Upc a encore eu raison.

Ainsi, la preuve a été faite que seule la lutte paie !
8. En 1991, il y a eu des morts. Le néo-colonialisme, héritier du colonialisme, avait frappé. Malgré les villes mortes, la victoire n’a pas été obtenue. Et depuis, au lieu de réagir comme en 1955 et de faire face, on trouve plutôt des adeptes de : " On va faire comment ? On a même fait des villes mortes, ça a changé quoi ? ". On se met à chercher des boucs émissaires ! Quand bien même, il y en aurait, on va laisser les héritiers du camp Aujoulat imposer leur loi à tout notre peuple ? On va assister à la spoliation de tout un peuple, en ayant pour seule réaction : " On va faire comment ? ".
L’Upc quant à elle, est décidée à continuer le combat contre le néo-colonialisme.
Les héritiers de Um Nyobe et ses collègues, sont prêts à faire face aux héritiers d’Aujoulat. Il est exclu d’accepter sans combattre, la spoliation du peuple kamerunais.

L’Upc appelle tout notre peuple et particulièrement notre jeunesse à se dresser :

- Contre la mauvaise loi électorale du Rdpc et ses alliés comme Kodock Bahiya.
- Contre les mauvaises élections de juillet 2007, organisées dans la violation permanente de la mauvaise loi électorale du Rdpc.
- Contre la mauvaise politique du Rdpc qui affame et appauvrit notre Peuple au détriment d’une poignée de prédateurs.

L’Upc invite les partis politiques, les syndicats, les forces traditionnelles et religieuses, les associations civiles à s’unir pour obliger le Rdpc et ses alliés comme Kodock Bahiya, à accepter l’adoption d’un code électoral démocratique, seul point de départ pour de véritables élections démocratiques, transparentes et crédibles.

L’Upc demande à notre Peuple et notamment, aux jeunes et aux femmes, de s’organiser partout pour lutter pour de meilleurs conditions de vie.
L’Upc, " l’âme immortelle du peuple camerounais ", prendra toujours toute sa part dans tous ces combats bénéfiques pour notre peuple.

Sources > Peuples sawa : http://www.peuplesawa.com/fr/bnagendas.php?agid=88