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A 84 ans, âge de patriarche du Président Bédié, on ne peut certes pas béatement accepter un désaveu public du genre : « Je ne lui ai rien promis ».

Si l’on peut parfaitement comprendre que le Président Bédié soit en colère après que ce qu’il considérait comme la parole donnée du Président Ouattara ait été publiquement retirée dans cette interview cinglante de Jeune Afrique en 2018, il est difficile à ce jour de savoir où le PDCI-RDA veut réellement en venir.

A 84 ans, âge de patriarche du Président Bédié, on ne peut certes pas béatement accepter un désaveu public du genre : « Je ne lui ai rien promis ».

Mais alors, ensuite, que propose le PDCI-RDA ?

On ne le sait toujours pas. Bien sûr, comme l’a régulièrement rappelé le Secrétaire Exécutif de ce parti, le très courageux Professeur Guikahué, le PDCI-RDA aspire à reprendre le pouvoir d’Etat par la voie des urnes en 2020. Est-ce assez pour qu’on sache ce que ce parti, qui fut déjà au pouvoir pendant 40 ans, souhaite refaire du pouvoir ? IL y a dans ce discours du retour décidé au pouvoir, un vide d’idées, de projets et d’argumentation troublant. Comme si le pouvoir politique était une fin en soi pour ce parti !

La difficulté se corse d’autant plus que le PDCI-RDA a été au cœur du régime Ouattara, exerçant avec lui le pouvoir depuis 2010. Le PDCI garde toujours ses ministres, présidents d’institutions, hauts cadres, dans les positions-clés du régime actuel, tout en revendiquant la légitimité d’un retour au pouvoir en 2020. Curieuse posture. Comment revenir au pouvoir sans jamais l’avoir quitté ?

On attend d’entendre clairement la voix du PDCI-RDA.

Quelle politique sociale, économique, institutionnelle ou diplomatique différente de celle du Président Ouattara, le PDCI-RDA compte-t-il mener ? Motus bouche cousue. Et bien sûr, l’excuse toute trouvée serait de dire que nous ne sommes pas encore en campagne électorale 2020.

Comment le PDCI-RDA répondrait-il à ceux qui lui rétorqueraient : « oui, ce n’est pas encore la campagne de 2020, donc vous êtes encore au pouvoir avec le RDR et dès lors comptables de ses résultats » ?

Au total, avouons-le : le PDCI-RDA gagnerait lui aussi à assumer pleinement un discours autocritique sur ses propres années de pouvoir 1960-1999, avec les dérives toujours inavouées qu’il a opérées ; le PDCI-RDA gagnerait lui aussi à s’interroger sur le sens de sa présence au cœur du pouvoir Ouattara depuis 2010, en faisant comprendre aux Ivoiriens en quoi il se sera démarqué de ce que l’on peut critiquer du bilan du Président du RHDP Unifié ; le PDCI-RDA gagnerait enfin à prendre conscience du fait que le peuple de Côte d’Ivoire de ces années 2000, a profondément changé et sera difficilement engageable dans les batailles d’autrefois des héritiers et opposants du Président Félix Houphouët-Boigny. Sans une réactualisation du logiciel mental du parti de l’Indépendance ivoirienne, la houle montante des nouvelles générations le débordera."

Extrait n°5 de l'Editorial du 9 septembre 2018, publié par le Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun